T É M O I G N A G E S

 
 
 

Quelques jeunes racisées et autochtones à Tiohtiá:ke/Montréal, nous partage leurs récits, leurs histoires et leur perception de l’impact du manque de représentation au sein de notre société.

 
 
 
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Maya

TIOHTIÀ:KE

Le béton peut bien étouffer tes chants
On y sent le tambour vibrer

Timidement, retour à ta première identité
Celle de mon peuple, celle presque disparue,

Ceux qui nous voulaient fantômes barbares
Ont oublié notre résilience rampante.

Maintenant debout, embrumés d’holocauste
Nous sommes ici et nous nous souvenons

Muliat, ma souveraine rebelle, reviens moi
Apaise tes blessures à mon épaule, couleur territoire

J’y cueillerais tes larmes fragiles qui nourriront
L’encrier de cette nouvelle mémoire.

Tu te dis fière de tes racines premières
Nous avons toujours été là.

Itinérants, bispirituels, travailleurs de l’ombre
Danseurs, danseuses, Artistes, reliques…

 
 
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Naïka

Tu peux pas parler de Montréal sans parler du fait qu'on est sûr une terre volée, souillée par les colonisateurs Européens. Une terre qui ne nous apartient pas. We are on Indigenous land and we gotta acknowledge the on going genocide and erasure of Indigenous people voices, culture, language, existence, sexuality, gender. Tu peux pas parler de Montréal sans parler des personnes marginalisées, racisées et comment nos vies sont impactées systématiquement par ceci. Tu peux pas parler de Montréal sans parler du manque de représentation, de la violence envers nos corps, nos cultures, nos croyances, nos identités. You can't talk about Montreal without talking of the messed up immigration system.Y'all really try to shut us down mais tu sais quoi !?!? WE EXIST AND WE MATTER AND WE SHINE ! NOU LA! Representation matters. Mais c'est pas juste ça, BUY FROM QTBIPOC' business and make sure we ARE seen and VALUED and get our REPERATION.

 
 
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Soraya

J'ai longtemps cherché un port d'attache. Un endroit où je peux dire « nous » sans complexe. Même si j'ai passé la majeure partie de ma vie au Québec et que c'est le territoire auquel je m'identifie le plus, je me suis longtemps sentie imposteur de le déclarer mien. Je suis allée voir du côté de mes pays d'origine et j'ai ressenti le même malaise : au Maroc, on s’étonne de l’étrange combo que forment mon nom arabe et mon habit occidental et en France, on rit de mon accent. J'ai passé le début de ma vie d'adulte dans un flottement identitaire, je croyais qu'il me fallait m'ancrer quelque part pour ne pas dériver. Je voulais une culture d'appartenance, une communauté, une grande famille unie par le sang, par une histoire commune. Je sais maintenant qu'on a le pouvoir de se construire tout ça, où l'on veut. Que l'identité assignée ne vaut pas grand-chose face à une identité soigneusement choisie qui nous ressemble. En grandissant, je vois aussi de plus mon métissage comme une force, une richesse. Et aussi, j'ai de plus en plus l'impression que Montréal et les gens qui y habitent forment mon lieu d'appartenance. C'est ma ville, mon île, mon sanctuaire, mon chez-moi, loin d'être parfaite, mais aussi fièrement métisse, comme moi.


 
Because we exist, and we matter. And no matter how uncomfortable they are with our existence, I will not let them erase me.

I matter.
— Anaïs Damphousse Joly
 
 
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Staël

L’homme noir est sous représenté dans les médias. Les seules fois qu’il l’est c’est par des noirs qu’on aurait dit adoptés. On est représenté comme les blancs veulent nous percevoir, c’est-à-dire, des noirs avec aucun attachement à nos racines ou des menaces à la société.

Je suis Montréal-Nordais, car c’est le seul endroit où je me sens libre de m’exprimer comme je le veux sans que l’on me juge sur mon accent, mes slangs et ma couleur.

 
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Sinthusha

Are you from India?” is how they would start questioning my identity. As if my physical appearance looked too exotic to their Western eyes. Followed by “How are you Tamil?! You’re so light!” British colonization and the messed-up caste system gave birth to Tamils who fall under a spectrum of melanin poppin' beauties. And I’m sorry your ignorant mind and eyes fail to appreciate the diversity of skin tones resilient Tamils wear. While I strive to build and belong to a greater Tamil Community and the Tamil diaspora, I have always experienced that feeling of being “othered” or not one of them by my own given my “rare light” skin tone.

So as a settler on Turtle Island, the identity politics plays a huge role in my life. However, the more I grow older the more I identify myself as a Tamil before anything else, be it Canadian or Montrealer or South Asian. My parents were refugees who fled a civil war and who have faced genocide, cultural erasure, and stripped away from their homeland. Hence my identity is constantly juggling between the “Canadian” heritage I was born in and the rich Tamil heritage as offspring of Tamil parents. In these dual identities and societies, I will never feel like I truly belong to one or the other. There will always be that feeling of emptiness or lacking clarity in my life.

 
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Ysé

Ayant été adoptée de Chine à un très jeune âge, je n'ai connu que la culture canadienne, plus spécifiquement québécoise. Donc suis-je québécoise? Je réponds "Oui!" sans hésitation! Mes parents me faisaient écouter Les Colocs en boucle et j'ai été élevée en regardant Cornemuse sur Télé-Québec après une bonne journée poudreuse au Mont St-Bruno. Malgré que je ne me sente pas nécessairement assez représentée en tant qu'ethnie à travers la culture québécoise, je remarque et apprécie l'effort et le progrès en ce qui concerne l'intégration des personne racisées. Donc personnellement, je n'affirmerais pas que la culture ici me représente en tant que personne racisée, mais elle m'a définitivement forgée et accueillie.

 
 
I was born in Colombia and I grew up in Saudi Arabia, now I am here in Montreal. I love that there is so much cultural and racial diversity here and it’s so cool that this project aims to show that. As a Colombian who grew up outside of Colombia, but who also feels a strong connection to my birth country, I think identity is for the person to decide and give voice to. I am Colombian but I am also a Montrealer.
— Mari Posa
 
 
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Carla

Je suis née à Paris, comme on dit « born and raise ». J’ai grandi en me sentant fière de ma culture parisienne et française. En voyageant, j’ai pu remarquer que la société française ne nous permettait pas de revendiquer nos origines, mais plutôt de les intérioriser comme si cela était un défaut. Et pourtant, au quotidien, elle nous martèle que nous ne sommes pas caucasien, en nous demandant « Mais réellement d’où viens-tu ?». Je ne fus pas satisfaite.

En allant m’installer à Vancouver, j’ai été agréablement surprise, lorsqu’on me demande « D’où viens-tu ? » et que je réponds « La France » on ne me rétorque pas « Non mais réellement d’où viens-tu ? ». Et pourtant, je ne fus pas complètement satisfaite.

Après trois ans dans l’Ouest canadien, où la nature et les montagnes ont adouci mes mœurs, je prends mes bagages et déménage à l’est. Montréal, ville du vrai «melting-pot» où ta rent coûte pas le prix de tes tuitions fees. On me l’avait dit, tu peux rencontrer du tout et du n’importe quoi. Alors évidemment, j’ai d’abord rencontré du n’importe quoi. Et finalement, le tout.

Femmes et hommes : cercle d’intellectuels, d’artistes, d’entrepreneurs venus d’ici et surtout d’ailleurs. Ils sont motivés par la solidarité et animés par une beauté d’esprit incommensurable.

Seule ville, où tu peux être autant Haïtien que Montréalais, Camerounais que Montréalais, Libanais que Montréalais, Français que Montréalais..... Aujourd’hui, c’est ainsi que je me sens, Camerounaise, Française, Montréalaise, du monde.

Je me sens moi.

 
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Alexandra

J’ai été adoptée quand j’avais 11 mois. Je me suis donc toujours sentie Québécoise, mais la perception des autres me faisait souvent comprendre que je ne l’étais pas vraiment.

La première chose que les gens voient est que je suis d’origine asiatique. On me parle automatiquement en anglais, on me complimente sur mon français, on me demande ça fait combien de temps que je suis au Québec. Lorsque je dis être adoptée, on me demande alors si je considère mes parents adoptifs comme mes vrais parents, combien ils ont payé pour moi, etc.

Cela m’a pris du temps avant de me réconcilier et de m’intéresser à mes origines chinoises tellement je voulais prouver que j’étais bien une Québécoise et non une étrangère. J’ai maintenant compris que je n’avais pas à choisir et que je pouvais avoir plusieurs identités : je suis une femme québécoise francophone d’origine chinoise et adoptée et beaucoup plus.

 
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Maha

C’est dans le ciel, à bord d’un avion, que j’étais enfin soulagée de quitter Montréal définitivement et de savoir que je n’allais plus y remettre les pieds. J’étais en direction d’une nouvelle terre d’accueil, un endroit où il faisait simple de vivre, un territoire sans zizanie. Là-bas, je savais très bien que notre existence n’allait pas être mise en doute, notre personne n’allait pas être sujette à débat, notre corps et nos choix n’allaient pas être soumis à des conversations sociétales et politiques. Ma mère répétait souvent « là-bas, ce ne sont pas les mêmes débats ». Ma famille et moi étions en route vers « The Best Place On Earth », plus connue sous le nom de la Colombie-Britannique.

Les débats montréalais portant sur les signes religieux en 2007, notamment le voile et la femme musulmane, nous avaient suffoqués, épuisés et laissés sans énergie. À force de militer et de lutter pour avoir le droit de vivre, nous avions fini petit à petit par mourir. En 2008, nous nous sommes installés à Vancouver et le climat météorologique, social, et politique était sain et rafraîchissant. Cependant, la ville de Vancouver était si différente de Montréal : les quartiers, les écoles, les maisons, les routes, les trottoirs, le centre-ville, les gens, le bus, le métro, les égouts (oui les égouts).

Un an plus tard, nous étions de retour à Montréal. Cette ville, nous l’aimions tant, malgré tout. La lutte devait continuer et nous allions continuer à la mener, n’en déplaise à ceux qui veulent nous effacer du paysage montréalais. Après cette année passée à l’autre bout du Canada, les membres de ma famille ont repris leurs activités militantes et continuaient à militer dans différentes sphères de la société. Quant à moi, j’avais le droit aux commentaires ignobles de la part de mes professeurs au secondaire. Je me rappelle souvent ce que ma professeure de français m’avait dit le dernier jour de mon secondaire. Elle s’approcha de moi, me prit dans ses bras en me chuchotant dans les oreilles « j’espère que tu ne seras pas comme ta mère ».

Ma mère qui était dans toutes les tribunes pour militer contre le racisme et l’islamophobie. Ma mère, une femme qui utilisait sa voix pour contrer la narration coloniale qu’on se permet de construire sur les femmes musulmanes. Ma mère, une militante, femme insoumise, féministe, anticolonialiste, qui ne restait jamais silencieuse face aux propos des oppresseurs et des white saviors cravatés. Ma mère répugnait ceux qui voulaient voir la femme musulmane silencieuse, dont mon ancienne professeure. Sa présence et sa voix les dérangeaient.
Nous, femmes musulmanes, femmes noires, femmes autochtones et femmes racisées, ne resterons pas silencieuses. Nous nous allierons pour lutter pour un meilleur monde, pour un meilleur Montréal. Rappelez-vous souvent de ce que Audre Lorde nous a dit : “Your silence will not protect you”.

 
My name is Melody Horn and I am a half Kanien’keha:ka (Mohawk) and half Irish woman living off-reservation just outside of Kahnawa:ke, where part of me is from.

I want to share the story of how I have experienced discrimination from both sides of my ethnicities. As a Kanien’keha:ka, I have been discriminated against for things like not having a clan (as my mother is non-Indigenous), not looking like the typical “native” stereotype, for not going to longhouse or for living off-reserve.
I have also been discriminated against as an Irish woman, as I have been told that I’m “too dark” for the Irish stereotype or I’m not embracing my Irish culture enough, so I must be too ashamed or not even Irish at all.

When I was younger, I never knew which group would ever accept me and I was always scared that I would never figure out my identity, considering that both my families clashed as well. Today, I am a strong Kanien’keha:ka/Irish woman and no one can tell me who I am because I love and know who I am.
 
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Henri

Je ne suis pas Montréalais. Je suis née en France, originaire de l’Afrique de l’Ouest et cela fait 6 ans maintenant que je vis à Montréal en tant que travailleur. Mais est-ce que le fait que je ne suis pas née à Montréal m’enlève la légitimité d’affirmer que je suis Montréal ? Surement pas. Mon expérience à Montréal m’a donné le droit de dire que je suis Montréal et c’est ici pour moi que réside la magie de cette ville. Montréal ouvre ses bras à des personnes provenant de tout les pays, des visages représentant toutes les ethnies, des états d’esprit qui communiquent tous ensemble la diversité et qui vont créer une famille basée sur l’acceptation de tous.

Je suis venu à Montréal seul et loin de ma famille et pourtant ici, je me suis fait des amis provenant du Québec et des 4 coins du monde et à aucun moment, je me suis senti seul. Montréal nous a permis de créer ensemble une communauté où nous apprenons tous des uns des autres, et nous nous accompagnons dans les bons, comme dans les durs moments. Forgés par la sévérité de l’hiver et unis dans la célébration de l’été, nous nous soutenons et nous épaulons dans cette réalité où il peut être dur de trouver réconfort, compréhension et compassion. Dans un monde si difficile, Montréal nous offre une sphère protectrice dans laquelle nous sommes autorisés de croire en une vie meilleure, de créer une vie meilleure et de vivre une vie meilleure.

Montréal a créé un "safe place" où nous pouvons être nous-mêmes, où nos différences sont acceptées et célébrées, où nos peurs sont exprimées et apaisées, et où nos rêves ne tiennent plus de l’utopie et deviennent réalisables. J’ai quitté la France, car je vivais dans un contexte où je ne me sentais pas représenté et accepté en tant que noir, en tant qu’artiste, en tant qu’individu non-binaire, en tant qu’omnisexuel ou juste en tant qu’âme libre. Montréal m’a permis d’une part, d’exprimer et de vivre chacune de ces facettes librement sans que personne ne vienne entraver à mon droit d’être. Puis, Montréal m’a permis de rencontrer et de m’entourer de gens qui, comme moi, ont pu trouver leur liberté d’être. Cela m’a donné la vision du monde que je veux créer et dans lequel je veux que mes enfants grandissent en étant en paix avec leur être. Donc oui, je ne suis peut-être pas Montréalais, mais je suis Montréal, car Montréal n’est pas juste une ville, Montréal est un mood.

Ainsi je représente aujourd’hui le "MTL Mood", car Montréal m’a conféré cet état d’esprit qui est synonyme de liberté, de paix intérieure et d’amour. Et je remercie Montréal pour m’avoir montré que cette réalité est concevable. Dans ce monde si sombre, Montréal m’a donné la lumière et l’espoir, car j’ai vu qu’il est possible que nous cohabitions tous en harmonie. Nia:wenTiohtià:ke

 
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Leizhen

Je suis arrivée à l’âge de 8 ans et je me suis sentie pratiquement kidnappée de mon pays natal lorsque mes parents m’ont annoncé que notre famille allait déménager au Canada à la poursuite de nouvelles opportunités. J’ai vécu un choc immédiat. La perte totale de mon ancienne identité attachée à la Chine, face à une nouvelle culture totalement inconnue, intimidante. Le silence et l’invisibilité étaient mes meilleurs paris. Les premiers jours devenaient les premiers mois... puis les premières années, mais l’incertitude et le doute de soi restaient toujours en moi. C’était donc devenu un mécanisme de survie : le réflexe de tout observer, analyser, puis assimiler. Cela a aussi beaucoup pesé sur ma confiance en soi. Je n’étais pas sûre de ce qui me définissait réellement. Mon identité fluctue comme un caméléon. Les gens que je côtoyais semblaient tous posséder une identité bien ancrée et aussi moins complexe que celle d’une immigrante chinoise coincée entre plusieurs cultures, désireuse de tout simplement comprendre mais surtout de prendre sa place.

 
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Oumou

« Tu seras toujours guinéenne, tu es née là-bas. On ne t’acceptera jamais ici, de toute manière. Alors, n’essaye pas d’être comme eux. » Me répète couramment mes parents immigrés ici, il y a 19 ans.

« Oh ben t’es une vraie Québécoise toé-lo, tô pas l’accent africain pantoute! Ayoye t’es presque née icitte! Tu parles-tu l’Africain à maison ? ». Me dit Rejean du travail, en jargon québécois.

« Ahh la grande Canadienne ! ». Me crie ma tante enthousiasmée, du bled (Guinée).

Simultanément, ces propos m’agacent et me flattent, car ils sont en partie véridiques. Je me retrouve à constamment naviguer entre ces identités, mais me l’admettre est ardu. Résultat, j’ai rarement émis de commentaires en retour, à ces personnes.

Alors, pour toutes les fois où je n’ai pas su répondre, je dis : Aujourd’hui, je suis québécoise parce que j’ai l'goût de parler joual avec Réjean d’la job. En plus, il veut tellement en apprendre sur ma culture. Demain, je serai canadienne, tiens. Je possède tout de même leur citoyenneté !

Puis le restant de la semaine, appelez-moi la Montréalaise. Ça inspire la jeunesse, le branché et l’ouverture d’esprit. J’aime ça. Certes, ce cocktail identitaire ne viendra jamais à bout de mes origines guinéennes. Donc maman et papa, no worries!

 
 
Née au Congo mais ayant grandie à Montréal, plus précisément à Côte-des-Neiges durant l’enfance, puis à Saint-Constant durant mon adolescence, mais Montréal, c’est chez moi.

Si Côte-des-Neiges m’a permis de découvrir le monde et à y être habituée, habiter à Saint-Constant a complètement brisé ma bulle. C’est là que j’ai senti que j’étais différente. Grosse babine, palette de chocolat, la française, [you] name it, j’ai eu droit à tous les mots. 
Nè***, seulement une fois, wow! J’avais beau tout faire pour m’intégrer, changer mon accent, style de musique, etc., rien ne me donnait l’impression que j’étais correcte pour la gang de Saint-Constant.

Après mes études, je suis retournée à Montréal, dans Villeray, mais je travaille quand même dans Côte-des-Neiges. La multiethnicité, ÇA, c’est le vrai monde. De toute beauté. Chaleureux. Il n’y a que là-bas où je me sens chez moi. 
— Robine Kaseka
 
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Tino

La première chose qu’on fait lorsqu’on est au primaire, ou au secondaire est de se présenter en disant son nom et son pays d’origine. Très rapidement, on se conditionne à s’identifier comme un nouveau arrivant intégré, sans jamais se rattacher à notre ville d’adoption. Ce n’est qu’au Cégep que j’ai compris la définition d’être un montréalais. Le fait d’être fière de ses racines, ainsi que sa culture d’adoption représente maintenant l’identité d’une personne issue d’une communauté culturelle quelconque à Montréal.

 
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Dina

Je peux me sentir montréalaise, parfois québécoise, parfois arabe, parfois libanaise. Parfois, je peux dire que je suis les quatre à la fois. Tout ce que je peux dire c’est que les différentes particularités qui me définissent et qui façonnent mes actions me permettent de dire qui je suis à l’instant présent. Je ne veux pas que mes identités ligotent mon esprit et ceux des autres. Au lieu de m’enfermer dans une catégorie de réponse, je préfère maintenir les questionnements. L’appartenance à un groupe est en constante mutation, fragmentation, évolution et c’est pour ça que je peux me sentir appartenir à un tout et à la fois à quelque chose de spécifique. Par contre, se dire appartenir à quelque chose, c’est vouloir automatiquement de se distinguer de l’autre. Je suis moi-même en débat avec mes identités. On l’est tous. Je suis fière de mes identités et celle-ci me permet de toujours mieux comprendre qui je suis.

À l’instant où je vous dis ces mots, je pense que je suis vraiment fière d’être une Montréalaise, une québécoise, une libanaise. J'ai appris à accepter mon petit accent, à l'aimer. J'ai apprise à être fière de mes cheveux frisés. J'ai apprise à être fière de mon héritage culturel libanais. J'ai appris à être fière de vivre à Montréal et d'appartenir à cette ville. Fière de l'histoire montréalaise, de sa diversité culturelle, de son language propre, de sa musique, de ses arts, de son histoire. Vivre à Montréal c'est avoir le privilège de visiter tous les pays du monde sans prendre l'avion. Vivre à Montréal c'est découvrir à tous les jours quelque chose de nouveau.

 
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Taïna

JE SUIS

JE SUIS moi, toi, nous
Un amalgame de mon vécu, de ton vécu
Qui m’a façonné en ce que je suis

JE SUIS la fille, un jour la mère
Qui devra à son tour assister la chair de ma chair
L’accompagner dans un monde homogène, sans gêne
De te marginaliser à la place de t’intégrer

JE SUIS la sœur, souvent l’alliée
De tout ceux qui croisent mon regard
Et qui y trouvent un chez soi
Qui comprennent que je suis seulement si tu es

JE SUIS l’identité que je n’ai jamais eue
Que je ne compte plus avoir
Parce que je ne compte pas me laisser catégoriser
Parce que ta vision n’est pas ma vision
Parce que j’ai vécu dans l’abnégation trop longtemps
Parce que l’Histoire m’appartient également
Et parce que j’ai décidé d’écrire la mienne

Parce que, finalement

Je suis.

 
 
Bref, j’essaye encore à ce jour de comprendre cette fixation de savoir les origines de toutes les personnes immigrantes du Québec. Je suis fièrement haïtienne née au Québec dans la ville de Montréal. J’aime ma ville, mon pays et le pays de mes racines.
— Charline Dorvil
 
 
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Virginie

J’ai envie de parler de mon sentiment d’appartenance à la culture québécoise, car il représente un enjeu pour moi. J’ai aussi envie de parler de mon sentiment d’appartenance à la ville de Montréal, car il représente une fierté pour moi. Je suis malienne-gaspésienne née à Montréal. J’ai été élevée exclusivement par ma mère qui m’a inculqué sa culture, la culture québécoise. Depuis que je suis toute petite, je regarde la télévision avec ma mère, toutes ces émissions que je regarde sans me poser de question, parce que ma mère les regarde et que je veux faire comme elle. En grandissant, je m’aperçois qu’un sentiment étrange se creuse en moi. Dans toutes ces émissions québécoises que je regarde, dans toutes ces pièces de théâtre auxquelles j’assiste, je ne me vois pas. Puis un jour, je découvre des émissions de télévision étrangères, ontariennes, américaines… et enfin je me vois, j’existe ! Simplement, par la présence d’acteurs qui ne me représentent pas forcément de tous points, mais qui sont comme moi, issus de minorités, sans être stéréotypés, sans que l’on mette l’accent sur cette ethnicité, ils sont juste eux. Ça me fait toujours rire quand j’entends dire « les jeunes ne s’intéressent plus à la télévision, à la culture ». Eh bien, non, c’est totalement faux ! Je m’intéresse aux cultures qui ne sont pas homogènes, qui ne font pas que représenter un certain types d’individus comme le font à tort trop souvent les productions québécoises.

Qu’on le veuille ou non, la culture québécoise est composée de blancs anglophones (depuis ses fondements), d'autochtones (de langue innu, cri etc.), puis depuis le 20e siècle, elle est composée de diverses ethnicités (juive, italienne, vietnamienne, etc.). Oui, c’est important de défendre avec ferveur, sa langue et sa culture, mais ce n’est pas en ignorant les éléments minoritaires de cette culture que nous la préserverons. Si des jeunes comme moi, se tournent vers Netflix ou d’autre plateformes étrangères pour consommer de la culture, ce n’est pas pour des raisons technologiques, c’est simplement parce que le contenu qui m’est offert est diversifié, parce qu’il me représente plus que ma propre culture ne le fait. J’aimerais que les responsables de la culture québécoise comprennent l’importance de représenter les minorités, de ne plus les ignorer, de les considérer quand elles se disent brimées. Nous avons la chance d’avoir, pour le moins à Montréal, un arc-en-ciel de diversité. Soyons-en fiers !

 
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Alison

Mon appartenance ? Elle est définitivement basée à Tiohtiaké/Montréal, 514 de Saint-Michel, 67 whuut whut. Cet été, je suis sortie de Montréal et j’ai compris que le Québec est vraiment BIG ! Le mode de vie, les mentalités, les réalités, les slangs, le système de santé et d’éducation, la démographie physique sont vraiment différentes des personnes qui vivent à Montréal ! Maintenant, j’essaye de répondre que je suis montréalaise salvadorienne. Ce qui a affecté toute ma vie les couleurs de mon appartenance ? Baaa yo, c’est clairement le manque de représentation partout ! Ce manque de REPRÉSENTATION dans plusieurs dimensions comme les médias et les connaissances de l’histoire du Canada et de l'immigration font en sorte que nous faisons face à plusieurs situations. Par exemple, lorsque je réponds que je suis seulement salvadorienne, on me dit souvent : « Oh El Salvador. Marra 13! Issh, c’est violent dans ton pays. » Ou plutôt : « Tu dois vouloir des enfants les femmes latinas font beaucoup d’enfants. » Lorsque je réponds seulement québécoise, on essaye de chercher de quels pays je viens vraiment… bruh really. Comme si pour pouvoir s’identifier québécoise, il faut avoir la peau blanche et ne pas avoir d’accent. Sinon on m'a déjà dit plusieurs fois : " C'est ça que je me disais, tu n'es pas une vraie latina comme les autres, tu es plus éduquée toi." Si pour moi en tant que jeune femme hétéro latina née à Tiohtiaké/Montréal, je trouve que mon existence icitte, c’est de la résistance, je ne peux pas imaginer la résistance de l’existence de ma mère femme immigrante avec un accent et SURTOUT de ceux.celles à qui ces terres appartiennent. Comme une de mes amies dit : "« Ne pas être représenté sur ces propres terres, c'est quelque chose d'autre.» WE AIN’T GONNA STOP! WE EXIST! Je sais qu’on peut faire mieux l'humanité !

 
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Rébecca

Ça m’a pris un certain temps avant de pouvoir me considérer comme étant Québécoise. Lorsqu’on me demandait ''Tu viens d’où?'' ma réponse était automatique: ''Je suis d’origine haïtienne''. La réponse n’est pas mauvaise, mais je ne sais pas si c’est la bonne non plus. Je suis née ici, j’ai grandi ici et pourtant, j’avais l'impression que je n'étais pas québécoise. Puis je me suis mise à me questionner. Pourquoi je serais ''moins québécoise'' qu’un.e autre? Parce que je ne suis pas ''de souche''? Qu’est-ce que ça veut dire être québécoise de souche anyway? Et après combien de génération on le devient? 2 générations? 7 générations? 15 générations? Ridicule. Je suis québécoise. Une québécoise qui célèbre l’Indépendance haïtienne le 1er janvier et la St-Jean le 24 juin. Une québécoise qui mange du riz collé chez elle et de la poutine à la Belle Province. Une québécoise dont la playlist passe de Céline Dion à Alan Cave. Typiquement Québécoise. Typiquement Canadienne. Typiquement Montréalaise.

 
 
Chaque nation à le droit d’avoir une représentation de leur culture au sein de la ville de Montréal.
— Janika Michel
 
 
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Uwayo

Au lendemain des élections provinciales d'octobre 2018, j'ai compris que je n'étais pas québécois. En analysant la carte des résultats électoraux, en remarquant ce petit point rouge montréalais autour d'une masse bleue, j'ai compris que j'étais avant tout Montréalais. Je fais partie d'un îlot de diversité dans une mer immense et agitée qui ne veut qu'engloutir et éradiquer cet îlot. Je vis en me questionnant sur ma place au Québec, moi qui ai immigré ici il y a 6 ans. J'ai immigré ici en tant qu'étudiant international, après un processus de sélection qui dura presqu'une année entière, processus par lequel les institutions provinciales et fédérales avaient exigé que je fournisse des preuves d'une santé et de mes capacités financières suffisantes avant de m'octroyer un permis d'étude et sans manquer de me rappeler que j'étais privilégié d'avoir été choisi. Je vis de plus en plus mal le fait qu'une majorité québécoise exalte à l'idée de me voir partir du Québec ou du moins à l'idée d'accueillir drastiquement moins d'immigrés racisés. Néanmoins j'arrive au Québec en 2012, mes parents investissant plusieurs milliers de dollars directement dans l'économie de cette province pour que je m'instruise et y réside.

J'étudie le Québec, je voyage pour le découvrir, je m'engage dans la vie sociale et culturelle de ma communauté, je travaille, je paye des impôts, des cotisations, des dons, je transmets mes connaissances et mes capacités, je défends le français et la justice sociale. Mais pourtant et hélas on pense qu'il faut être protégé de ma personne et des hommes sans éthique ni honte exploitent cette idée et la valident au plus hautes sphères des institutions publiques même si les statistiques confirment encore et encore que notre chère belle province requiert des immigrants. J'ai toujours voulu être québécois mais on m'a retiré cette aspiration; je me confirme ainsi, par défaut mais aussi par conviction et amour, en tant que montréalais.

 
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Esther

If someone asks me where I’m from, I tell them I’m born here and that I’m half Ivorian
and Haitian. I do identify as a Quebecois, and most people that hear me speak
French do too because of my accent. I don’t feel like I belong at all to the Quebecois
culture, in fact, people of colour are rarely represented on the screen in French
Quebecois TV shows—it’s as though we barely exist and they make us believe that we are not as multicultural as they say we are. When I think of Quebecois culture I think white,
which excludes me. I am only Quebecois because I am born here, that’s all. I believe that’s maybe what they want us to believe. On Saint-Jean Baptiste, white Quebecois culture (ex:
music) is celebrated, but not us. Even if I don’t feel a sense of belonging, Quebecois is
what I am and who I am!

 
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Zaina

S’affirmer n’est pas facile. Je suis née au Québec, dans une ville très québécoise, dans laquelle je n’arrivais pas à m’intégrer dans mon enfance. Je mangeais des plats différents, je m’habillais différemment, j’avais des croyances différentes. Je me sentais donc toujours étrangère et rejetée par le reste des enfants à l’école. Je me demandais souvent pourquoi j’étais différente et rêvait même parfois d’être « blanche »… Si je pouvais revenir dans le temps, je changerais tout cela Lorsque j’ai déménagé dans un quartier plus diversifié, c’est là que tout a changé pour moi! J’ai commencé à rencontrer des gens ayant des croyances et des traditions comme celles que mes parents m’avaient transmises, puis j’ai commencé à me questionner sur mes origines, sur ma religion. Je n’avais jamais été réellement pratiquante. Je priais seulement lorsque mes parents me disaient de le faire, mais lorsque j’ai commencé à m’intéresser volontairement à ma religion et à faire des recherches, j’ai vu la beauté de celle-ci. J’ai commencé tout doucement à pratiquer, à prier, et je suis allée à la mosquée pour la première fois puis, après quelques années, j’ai DÉCIDÉ, j’ai CHOISI, de porter le voile par foi en Dieu. Personne ne m’a forcé à le mettre et j’insiste sur le fait que je n’ai pas de mari pour m’avoir oppressé. Ce sont des choses que l’on entend malheureusement beaucoup dans les médias. Les femmes musulmanes sont très mal représentées au Québec. Si seulement les Québécois prenaient le temps de parler avec nous, avec les autres et de s’ouvrir, ils verraient que, dans le fond, nous ne sommes pas si différents. Je suis québécoise aussi. Je mange de la poutine, j’aime aller à la cabane à sucre, j’écoute Mes Aïeux de temps en temps. Entamer une conversation avec autrui fait réellement toute la différence…

 
Growing up as an immigrant girl here was not easy for me. I grew up in a very French neighborhood. I always felt so different. My skin color, my way of doing things... everything was always questioned by teachers, friends, outsiders... when I was only just a kid. I used to watch French TV shows. Ramdam, Radio-Enfer, Une Grenade avec ça. All of them were so cool! But I couldn’t relate to anyone because hey I was a little brown girl, with dark brown hair, who spoke way too many languages for anyone to understand. I also loved watching Bollywood movies. But none of my friends knew what that was. It was too different from what they knew.

Then came high school where I simply didn’t fit in the crowd. To the point where a teacher used to make fun of my name and tease me in front of the class when I didn’t understand a French expression. I remember crying on my way home but I wouldn’t tell anyone.
When I started in this industry, a lot of “no”s came because of my skin color again. One time, I was told “your skin color is the issue, if you were white with blond hair, it would be different. You’d be successful because that’s what the market is all about here”. I was hurt because I thought why would being different be such a problem. Am I not québécoise too? And what does it mean to be québécoise? Does it mean that people of colour are not québécois? Or because my parents are Indians so that makes me Indian only?

My journey has made me question and doubt myself a lot. Who am I? Where do I fit? Today I slowly realize that I don’t need to fit. I don’t need to be what society wants me to be. Maybe if someone would have said this when I was just a little girl, maybe I would have had the courage to accept and stand for myself at a younger age. Today I am slowly starting to accept my differences. Accepting the person I am. Because I believe diversity matters. Differences makes this world so beautiful. It really does. We are all beautiful in our own way. Aren’t we?
— Pooka Dhanak
 
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Tuan

Je suis un néo-québécois d’origine vietnamienne. Le Viêtnam ; les soupes tonkinoises ou "Pho", le cyclo-pousse, la guerre, vous connaissez ça ? Je suis un exilé, arrivé à l’âge de 10 ans à Montréal, cette belle terre occidentale où je me suis bien ancré et je m'y plais à vivre encore pour de nombreuses années à venir ; je crois bien. Je me considère Québécois d'adoption à Montréal; cette ville cosmopolite où les opportunités sont palpables à mon sens.

Ma famille a fui la guerre et le régime politique en place. Pour l'instant, je ne cherche pas trop à comprendre la politique, ce que je désire avant tout, c’est d’être libre. Le Québec est une terre d’accueil harmonieuse avec son unicité et je m'y sens bien chez moi, car je suis libre de mes pensées, libre de m’exprimer, libre de vivre avec mes propres idées voraces.

Le manque de représentation politique et culturelle ne me dérange pas. Je ressens notre présence et notre influence dans les quartiers colorés et gourmands. J’aimerais bien évidemment que la génération future de notre communauté soit plus présente sur la scène politique, mais cela va prendre certe du temps. Notre contribution au développement économique à la société québécoise commence par des petits gestes dans le quotidien.

La politique, c’est un sujet relativement tabou chez moi. Mes parents m’ont offert l'entière liberté, leur protection et leur amour sans failles. Pour le moment, cela suffit pour me contenter. À Montréal : On écoute ma voix...Vive ma vie au Québec !


 
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Cassandre

Je m'identifie comme Montréalaise. Je suis francophone, anglophone et créolophone. Lorsque je m'exprime je danse entre plusieurs cultures, tout comme Montréal. C'est une ville aux visages métissés et aux saveurs multiculturelles.

Je ne me sens pas Québécoise, car je suis née à Brooklyn, New York. Cependant, j'ai grandi ici, donc je me sens totalement Montréalaise. J'ai côtoyé les rues, les bars, les clubs, les musées, les parcs, les festivals, les écoles, les universités montréalaises toute ma vie. Ceci fait de moi une Montréalaise.